Sur la mutation politico-sociale du Sénégal et le réflexe d’une élite désorientée qui transforme le devoir de mémoire en faute morale

Dans cette affaire, il suffit d’inverser les rôles : mettez Ousmane Sonko à la place de Bassirou Diomaye Faye, et une grande partie de l’opinion sénégalaise se déchaînerait immédiatement contre lui. La question dépasse donc largement les affinités personnelles, les sensibilités politiques ou l’attachement émotionnel à l’un ou à l’autre.
Le véritable problème est ailleurs : une partie de l’élite sénégalaise semble profondément dépassée par la mutation politico-sociale actuellement en cours dans le pays. Déstabilisée par cette recomposition des rapports entre pouvoir, légitimité populaire et engagement citoyen, elle s’accroche désespérément à ce que Sonko aurait prétendument “fait de mal” afin de rationaliser ce que beaucoup perçoivent désormais comme une rupture de Diomaye avec le projet initial.
Pour mieux se réfugier dans cette posture, elle s’autoproclame gardienne exclusive de la conscience, de la lucidité et de la raison. Certains vont même jusqu’à mesurer la “densité intellectuelle” d’un individu à son degré de désaccord avec Ousmane Sonko. Cela ne relève plus de l’esprit critique, mais d’une véritable fixation.
Et l’ironie est saisissante : à force de dénoncer les prétendus « sujets de Sonko », ces mêmes personnes finissent par entretenir avec lui un rapport presque obsessionnel. Leur discours tourne continuellement autour de sa personne, au point qu’ils reproduisent eux-mêmes ce qu’ils prétendent combattre.

Bassirou n’est plus dans le projet
C’est probablement là que réside le cœur du débat. Une partie importante de l’opinion considère aujourd’hui que Bassirou Diomaye Faye s’éloigne progressivement du projet politique qui l’a porté au pouvoir. Les décisions prises, les orientations adoptées et certains actes posés au quotidien apparaissent, pour beaucoup, en contradiction avec les engagements, les symboles et les promesses contenus dans le programme Diomaye Président.
Dans ce contexte, rappeler au pouvoir ses engagements initiaux ne constitue ni une marque d’irrespect ni une forme de trahison. C’est, au contraire, l’un des fondements les plus élémentaires de toute exigence démocratique. Une démocratie sérieuse suppose que les citoyens puissent confronter les gouvernants à leurs promesses, à leurs discours et à leurs responsabilités historiques.
Transformer ce devoir de mémoire politique en faute morale ou en acte d’hostilité revient finalement à vider le débat démocratique de sa substance.
Toute personne qui refuse de reconnaître cette évidence ne fait plus véritablement de politique ; elle produit simplement de la littérature idéologique.
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