La dernière hausse des prix de l’énergie rappelle à quel point certains de nos débats publics peuvent être malhonnêtes, superficiels et parfois empreints de ressentiment. Au lieu d’engager une réflexion sérieuse au service de l’intérêt général, certains préfèrent instrumentaliser la situation : accabler les uns pour mieux blanchir les autres.

Je ne conteste pas la réalité du choc mondial provoqué par le conflit entre les États-Unis et l’Iran. Mais s’arrêter à cette explication serait réducteur. Car l’économie est aussi une affaire de choix et d’arbitrages : ceux du planificateur, qui décide de ce qu’il finance, de ce qu’il privilégie et, nécessairement, de ce qu’il accepte de sacrifier.
Or, samedi, j’ai appris, le cœur serré, que le choix avait été fait de réduire davantage le pouvoir d’achat des Sénégalais, non pas pour dégager davantage de marges en faveur de l’investissement, mais pour préserver le train de vie de l’État. Autrement dit, un arbitrage en faveur des dépenses de fonctionnement, au détriment de l’investissement.
Et cela intervient au moment même où l’exécutif refuse que l’on touche aux fonds politiques, où l’argent liquide semble circuler de nouveau à gogo pour l’achat des consciences, et où la promesse de fusionner les agences publiques faisant doublon semble progressivement s’évaporer dans les délices du système.
Malgré tout cela, le pouvoir ne semble pas hésiter à puiser davantage dans la poche du Sénégalais lambda.
J’aurais sans doute mieux accepté cette hausse si, en face, le gouvernement avait consenti à faire le moindre effort visible sur son propre train de vie, sur les dépenses improductives ou sur les privilèges qui accompagnent l’exercice du pouvoir.
D’ailleurs, dans une économie moderne, l’énergie irrigue presque tous les secteurs de la production. Une hausse durable de son coût ne peut donc rester sans conséquences. Dans un pays où le ministre du Commerce ne semble pas prendre la mesure de la nécessité d’un encadrement efficace des prix, cette augmentation, conjuguée au maintien de la taxe de 1 %, risque d’alimenter une inflation par les coûts.
Puis, par effet de second tour, cette inflation se transmettra progressivement aux transports, à la production, aux services et, surtout, aux denrées de première nécessité. C’est ainsi que la facture finira, une fois encore, par être présentée aux ménages les plus vulnérables.
Et c’est là que le débat devrait véritablement commencer.
Car au-delà de cette mesure, dont l’impact social apparaît profondément injuste, et de son effet domino sur le coût de la vie, une question fondamentale demeure largement absente du débat public : quelle stratégie devons-nous adopter pour gérer nos ressources naturelles afin de réduire structurellement notre vulnérabilité aux chocs extérieurs ?
Ah tiens ! Justement, un homme et une formation politique portent depuis longtemps le combat de la souveraineté économique.
En face, le clan de la servitude leur oppose inlassablement le sacro-saint « climat des affaires » comme s’il fallait choisir entre la souveraineté et l’investissement, entre l’intérêt national et l’attractivité économique. Seigneur, quelle catastrophe…
Au fond, la lecture de ces événements devrait pourtant être limpide.
Les adversaires de la souveraineté économique finissent souvent par devenir les propres adversaires de leur peuple. Plutôt que de travailler à construire une économie capable de résister aux chocs extérieurs, ils préfèrent s'accommoder des recettes imposées de l'extérieur, suivre le diktat des institutions de Bretton Woods, exposer davantage le peuple aux sacrifices et continuer à livrer nos ressources à des intérêts qui ne sont pas toujours ceux de la collectivité.
Tout cela, parfois, pour préserver un système dont les premiers bénéficiaires sont précisément ceux qui prétendent aujourd’hui en défendre la nécessité.
Des petits hommes, je te dis.
Cet article vous a plu ?
Abonnez-vous pour recevoir les prochaines réflexions directement par email.
À propos de Sangomar
Xam taarixou askanou nitt Ku nioul reka woor. #mambamentality




