D’abord, il est question de reddition des comptes et de vérité, invoquées au nom d’une justice sincère. Puis, sans transition assumée, viennent la réconciliation et le pardon, érigés en impératifs au nom d’une paix de façade.

La question est alors inévitable : qu’est-ce qui a changé ? La réalité du pouvoir, les principes, ou celui qui les portait au point d'endosser un slogan de campagne qui le définissait comme un autre de par ces valeurs, cette fidélité à un projet de rupture et de justice qui devait poser ses jalons ?
Quoi qu’il en soit, les victimes et leurs familles se retrouvent sommées d’avaler leur douleur, d’étouffer leur frustration et de « passer l’éponge », pendant que les coupables, souvent protégés par des réseaux d’influence, prospèrent dans l’impunité et se préparent à la récidive.

Rien de fondamentalement nouveau, en réalité. La leçon que l’on redécouvre, entre le discours de décembre 2024 et celui de décembre 2025, est ancienne : dans les républiques, les plus grands délinquants ne tombent pas, ils trônent dans les palais.
La déception des Sénégalais qui ont combattu, saigné, voté - et parfois perdu la santé ou la vie - pour la rupture ne peut donc être qu’immense. Non pas tant en raison de la nouveauté des faits que de leur répétition, de l’histoire qu’ils entretiennent avec leurs acteurs, et de la rapidité d’une métamorphose politique désormais documentée par la "VAR".

Lorsque l’oubli n’est pas assumé, il devient une faute morale. Lorsqu’il s’accompagne de condescendance, il devient une violence symbolique. Déguisés en fausse modestie, ces renoncements finissent par ressembler à un je-m’en-foutisme revendiqué et à un mépris manifeste des aspirations profondes d’une génération entière.
L’État parle, le peuple encaisse. Les discours sont fournis, mais le sens se dérobe. La contradiction devient la seule constance, et l’addition, comme toujours, est renvoyée à demain. On reste sur la continuité.

Une génération de plus attendra encore le début du téléchargement de ses promesses.


